La fin de l’univers unique vient parachever la « mort de Dieu ». La fin de l’idée d’un unique univers est le coup de grâce qui nous est porté, après la « mort de Dieu » tel que Nietzsche l’a annoncée.

La mort de Dieu (la disparition de la croyance « vraie » en un « vrai » Dieu), cette tragédie pour l’esprit humain qu'a perçue Friedrich Nietzsche, demeurait supportable tant que l’univers était pensé comme unique et éternel. Un tel univers était un pôle de stabilité qui nous permettait de tenir bon. Il était ce giron éternel qui nous accueillait et à quoi nous consacrions notre existence.

Le Big Bang est le coup de grâce qui nous est asséné, parce qu'il a le multivers pour corollaire, lequel nous confronte, de gré ou de force, à la nécessaire infinité des univers. Voici que nous avons tout perdu. Plus rien à quoi nous raccrocher.

On s'accommoderait assez facilement de l’idée de multivers, à condition de conserver celle d’un Dieu créateur : les univers sont multiples, mais, par la volonté de Dieu, ils restent limités en nombre et répartis dans le temps. Ce n’est pas tellement plus complexe à concevoir que d’augmenter le nombre d’étoiles ou de galaxies. Parce qu'il est, lui, l'infini, Dieu nous en protège. On pourrait dire qu'en assumant l'infini pour lui-même, il nous en décharge : Dieu supporte, à notre place, le fardeau de l’infini.

Mais dès lors que notre univers, avec un début et une fin, débouche sur le multivers, et s’il n’est plus de Dieu créateur pour poser des bornes, pour enfermer, contenir le multivers, nous voici irrémédiablement livrés au vertige de l’infini.

L'un et l'autre évènements conjugués, la mort de Dieu et la mort de cette idée que notre univers est unique et éternel, on peut dire que c'est la « fin des haricots »

(Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, § 11)

Nous voici confrontés, sans garde-fous, à l'infini abyssal.