Selon l’auteur, l’éternel retour est devenu une réalité quasi scientifique, (cf. http://retroureternel.canalblog.com/ ) serait-ce parce qu’il est seul compatible avec un temps infini. 

L’éternel retour sauve (…) le temps infini, qu’est l’éternité, de son auto-anéantissement.

On comprend facilement que, s’il n’y a pas d’éternel retour, l'infinité du temps est négatrice de toute réalité : si le temps est infini, rien ne peut exister, puisque tout ce qui est a déjà dû exister. S’il n’y a pas répétition, rien ne peut « être » puisque tout a « déjà » dû être dans un passé infiniment éloigné. Comment imaginer que ceci ou cela soit maintenant, puisque ce « maintenant » a nécessairement déjà dû exister en un passé qu’on peut toujours reculer à l’infini : le « maintenant » est happé par l’infini du passé. On pourrait dire que l’infini du passé, à l’instar d’un trou noir, est un « temps noir » qui empêche le « maintenant » de surgir, de s’en échapper. Et sans « maintenant », il n’est plus de réalité qui s’installe, ni d’éternité vraie qui vaille.

Par contre, dès lors que l'infinité du temps est conçue en association avec l’éternel retour, la difficulté disparaît. Le « maintenant », parce qu’il se renouvelle éternellement, peut demeurer inclus dans l’infini temporel. Le temps peut réellement être dit infini.

Au premier chapitre, il était apparu qu’il fallait choisir entre Dieu et l’infinité du réel (cf. § 11). On découvre maintenant qu’il faut aussi choisir entre Dieu et l’éternel retour du même. Si ce n’est pas l’un, c’est l’autre. Car, ou bien il y a une origine au temps, et, en ce cas, quelle origine du temps est-elle possible en dehors d’un Dieu, conçu sous une forme ou sous une autre ? Ou bien le temps est infini, sans origine ni fin, et l’éternel retour du même devient nécessaire pour qu’il y ait une réalité, pour « qu’il existe quelque chose plutôt que rien ». 

Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, § 19