Cette considération nous amènerait presque à esquisser comme une preuve ontologique del'éternel retour. 

1)    L’Être (ce fait qu’il existe quelque chose plutôt que rien) est bien une réalité. En effet je le perçois, serait-il réduit à ce seul fait que je pense. (On fait bien sûr référence au célèbre « Cogito, ergo sum » de Descartes.)

2)    Cette réalité ne peut que s’inscrire dans un temps infini en durée, puisque ce qui viendrait le limiter, soit en lui donnant naissance, soit en le faisant cesser, serait encore une réalité, laquelle à son tour ne pourrait que s’inscrire dans un temps infini, et ainsi de suite.

3)    A l’intérieur du temps infini, il faut bien que l'éternel retour existe pour que le réel soit, sinon, si rien ne revenait, aucune réalité ne pourrait exister, puisqu’ayant nécessairement déjà dû exister dans un passé infiniment lointain, ce qui viendrait contredire l’assertion initiale. 

A la vérité, nous ne sommes pas vraiment confiants en la validité de l'argument. On sait qu’il faut se méfier de la raison (surtout de la raison dite pure) et de ses pièges, cette putain du diablecomme l’appelait Luther.

Toutefois, cette preuve ontologique de l'éternel retour est, tout compte fait, moins bancale, moins paralogique que l'argument du même nom, la preuve dite ontologique de l'existence de Dieu, sur lequel nous allons tantôt avoir à revenir (cf. § 36). 

(Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, § 20)