Le multivers infini a deux conséquences importantes. L’une est notre éternité (cf. http://retroureternel.canalblog.com/ ). L’autre est la diversité de nos destinées possibles, laquelle pose le problème de notre « moi » : tous ces autres « moi » possibles, qui ont d’autres destinées en d’autres univers, viennent minimiser et comme annihiler ce « moi-je » que je suis, moi qui écris ces lignes, qui existe ici et maintenant. Si tous ces « moi » se valent, c’est qu’aucun n’est donc plus vrai qu’un autre… cf. § 29. Dans les § 34 et 35 l’auteur explique que Leibniz pourrait être une solution à ce nihilisme, dans la mesure où il choisit un seul et unique univers. Mais c’est pour retomber dans une autre forme de dégoût.

 Si ce n’est que Leibniz oblige à en revenir à Dieu. Et pas n’importe quel Dieu, mais un Dieu qui apparait profondément rétrograde, franchement ringard, et même réac pour tout dire, à nos yeux d’humains vivant au 21e siècle.

Leibniz, en homme de son temps, appartient à une religion monothéiste fortement hiérarchisée. A l'origine du monde, il y a Dieu, et un Dieu pensé à la ressemblance des régimes politiques de l'époque – Leibniz était un contemporain du roi Louis XIV. Ce Dieu est à l'image des princes et empereurs qui édifiaient des états les plus vastes possibles, y construisaient des palais somptueux, pour étaler leur puissance au regard du monde.

(…)

A vrai dire, cet univers que nous propose Leibniz nous intéresse peu et nous n'y sommes guère joyeux. On y étouffe pas mal, et à l’instar de ce qui se passe dans « Matrix », le célèbre film de science-fiction auquel nous venons de faire allusion à mot couvert, nous avons très envie de nous échapper d’un tel programme où nous figurerions, fût-il d’origine divine.

D’ailleurs, c’est tout le monde qui semble devoir être condamné à s'ennuyer ferme dans le monde de Leibniz, et les humains, et Dieu lui-même, qui n’a, pour tout but et loisir, que sa perfection à contempler.

Alors que penser ? Ce Dieu, qui pourrait nous sauver d’un premier dégoût, celui que suscite l’idée de notre indistinction au milieu d’une infinité d’autres « moi », vient nous plonger dans une autre forme de dégoût, celui de n’être qu’une sorte de figurine animée – ou bien, pour continuer dans la veine des mondes informatiques virtuels, être comme un personnage du populaire jeu de « Sims ».

Eh bien, puisqu’il semble qu’on ne se débarrasse pas aussi facilement qu’on le croyait de l’idée de Dieu (cf. § 12), mais que celui-ci nous pose autant de problèmes qu’il en résout, un détour du côté de Dieu – avant d’en revenir à l’Être et à son secret – s’impose.

 

(Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, § 35) 

Ceci va amener dans le chapitre suivant l’auteur à faire un détour par l’argument ontologique sur l’existence de Dieu.