DIEU ET MULTIVERS

09 mai 2017

Le plus froid des monstres froids

Dans la quatrième de couverture, l’auteur introduit le sujet du livre, reprenant à son compte la fameuse expression Nietzschéenne du « monstre froid ». 

« Depuis quelques dizaines d’années, pour expliquer notre univers, physiciens et cosmologistes sont amenés à forger, en toute bonne foi et en toute quiétude, un nouvel et effrayant système du monde. Ils nous proposent un multivers – c’est à dire une multitude d’univers – qui, parce qu’il est infini, éternel, et totipotent (dans ses versions les plus avancées, par exemple celle dite du « paysage cosmique »), équivaut largement au Dieu des religions, en parfaitement réel cette fois. Mais c’est un Dieu qui n’a, pour nous humains, aucune considération – ni amour, ni pitié –, qui est sourd et aveugle à notre existence. S’il est un monstre qui soit le plus froid des monstres froids, le voilà.

Ceci n’est pas une fantaisie de savant, c’est tout proche d’être un fait scientifique requis par les observations astronomiques et les lois de la physique fondamentale. 

 (Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, quatrième de couverture)

Posté par multiversetreali à 13:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Multivers et créationnisme.

« Rien qu’en soi, le créationnisme – c’est à dire la notion d’un Dieu qui serait créateur du réel que nous observons – ne s’oppose pas à la notion de multivers. Un Dieu créateur, même le Dieu biblique, pourrait très bien avoir créé une multitude d’univers. Donc rien dans le créationnisme ne permet d’exclure l’idée d’un multivers. »

(…)

« Toutefois, cela ne peut que perturber la relation entre le croyant et Dieu. Si tous ces univers renferment aussi des humains, un tel Dieu pourrait-il être pris au sérieux dans son rapport à l’être humain, puisqu’il y aurait autant d’humanités de rechange qu’il en veut ? Le rapport amoureux entre Dieu et l’être humain, notamment tel qu’il est décrit dans la Bible, passionnel, en sort altéré. »

(Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, p34 §9 et Note 32 ) 

Posté par multiversetreali à 13:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Dieu concurrencé par le multivers

Il y a comme un enchaînement nécessaire : le big bang amène à l’idée de multivers et lequel conduit nécessairement à l’idée d’une infinité d’univers. (cf. http://multiversetreali.canalblog.com/ ) Voilà qui vient concurrencer Dieu dans l’un de ses attributs dits incommunicables, à savoir : l’infini. 

Etant posé que le Big Bang fut le résultat d'un événement, dit « singularité », il serait bien déraisonnable de persister à croire que cet événement est, a été, et sera unique, d'imaginer que cet univers qui est le nôtre serait le seul à avoir émergé – sauf à en revenir aux théories créationnistes les plus rigides.

(…)

On découvre que l’idée, révolutionnaire, du Big Bang dépasse de loin la simple remise en cause d’un univers statique, éternel, immuable. C'est une boîte de Pandore qui a été ouverte.

(…)

Cette précaution étant prise, (…) plus l'on y songe, plus cela devient une évidence : si notre univers n'est pas unique, c'est le multivers. Si multivers il y a, c’est une infinité d’univers qui le constitue.

C'est ou l'unique, ou l'infini.

Pas de milieu...

Quelle justification trouverait-on pour une nouvelle limitation ? Toute limitation, qui imposerait un nombre fini d'univers, ne renverrait-elle pas au présent dilemme de l'unicité, ou non, de notre univers ?

Et si l’on parvenait à nous prouver que le multivers est fini, comment ne pas supposer l’existence possible d’un autre multivers ? D’une infinité de multivers ? 

A chaque fois que l'on sera tenté de limiter un ensemble d'univers, on pourra toujours concevoir d’en dépasser les limites : par-delà cet ensemble d'univers, il peut encore y avoir d'autres ensembles d'univers, et cela ad infinitum. 

(Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, §§ 8 et 9)

Posté par multiversetreali à 13:10 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Seul Dieu peut limiter le multivers.

Mais le multivers vient aussi concurrencer dieu sur un autre de ses attributs incommunicables, l’éternité. 

Puisque l’avant notre univers, comme son après (pour parler simplement, puisque nous n’avons pas d’autres mots à notre service) ne peuvent trouver aucune limitation, à moins de fixer arbitrairement des limites au temps (cf. http://retroureternel.canalblog.com/) ce qui n’a pas de sens, ces autres univers doivent être en nombre infini.

Sauf Dieu, ainsi qu’on vient de le voir (cf. §11), qu’est-ce qui viendrait le limiter ? Or nous avons choisi, pour la poursuite de notre réflexion, d’en faire abstraction (cf. § 12).

(Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, § 15)

Posté par multiversetreali à 13:09 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Ou Dieu ou un infini de réalité.

La fin de l’univers unique vient parachever la « mort de Dieu ». La fin de l’idée d’un unique univers est le coup de grâce qui nous est porté, après la « mort de Dieu » tel que Nietzsche l’a annoncée.

La mort de Dieu (la disparition de la croyance « vraie » en un « vrai » Dieu), cette tragédie pour l’esprit humain qu'a perçue Friedrich Nietzsche, demeurait supportable tant que l’univers était pensé comme unique et éternel. Un tel univers était un pôle de stabilité qui nous permettait de tenir bon. Il était ce giron éternel qui nous accueillait et à quoi nous consacrions notre existence.

Le Big Bang est le coup de grâce qui nous est asséné, parce qu'il a le multivers pour corollaire, lequel nous confronte, de gré ou de force, à la nécessaire infinité des univers. Voici que nous avons tout perdu. Plus rien à quoi nous raccrocher.

On s'accommoderait assez facilement de l’idée de multivers, à condition de conserver celle d’un Dieu créateur : les univers sont multiples, mais, par la volonté de Dieu, ils restent limités en nombre et répartis dans le temps. Ce n’est pas tellement plus complexe à concevoir que d’augmenter le nombre d’étoiles ou de galaxies. Parce qu'il est, lui, l'infini, Dieu nous en protège. On pourrait dire qu'en assumant l'infini pour lui-même, il nous en décharge : Dieu supporte, à notre place, le fardeau de l’infini.

Mais dès lors que notre univers, avec un début et une fin, débouche sur le multivers, et s’il n’est plus de Dieu créateur pour poser des bornes, pour enfermer, contenir le multivers, nous voici irrémédiablement livrés au vertige de l’infini.

L'un et l'autre évènements conjugués, la mort de Dieu et la mort de cette idée que notre univers est unique et éternel, on peut dire que c'est la « fin des haricots »

(Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, § 11)

Nous voici confrontés, sans garde-fous, à l'infini abyssal.

Posté par multiversetreali à 13:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Sans Dieu, seuls face à l’infini.

Si nous abandonnons l’idée de Dieu, nous devons composer avec le vertige de l’infini. 

Non seulement rien ne fait obstacle à l’émergence de la multiplicité de tous les univers possibles, mais rien ne vient arrêter leur répétition infinie dans le temps, dans les « siècles des siècles », dans l’éternité. Une infinité d’univers qui se répète indéfiniment, en son effarante diversité, il faut s’y accoutumer.

La seule manière d'y faire obstacle c'est – c'était – Dieu. Puisquel’idée de l’existence de Dieu est loin d’avoir réussi à faire l’unanimité, alors voyons où nous mène celle de l‘infini, l'infini réel, celui qui nous inclut, qui nous forme, l'infini de cequi, tout comme nous, est bien là, l'infini de l'existant, « incréé » puisque sans créateur

(Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, § 12)

 C’est cette constatation qui va commander toute la suite de la réflexion de l’auteur.

Posté par multiversetreali à 13:06 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Ou Dieu ou l’éternel retour.

 Selon l’auteur, l’éternel retour est devenu une réalité quasi scientifique, (cf. http://retroureternel.canalblog.com/ ) serait-ce parce qu’il est seul compatible avec un temps infini. 

L’éternel retour sauve (…) le temps infini, qu’est l’éternité, de son auto-anéantissement.

On comprend facilement que, s’il n’y a pas d’éternel retour, l'infinité du temps est négatrice de toute réalité : si le temps est infini, rien ne peut exister, puisque tout ce qui est a déjà dû exister. S’il n’y a pas répétition, rien ne peut « être » puisque tout a « déjà » dû être dans un passé infiniment éloigné. Comment imaginer que ceci ou cela soit maintenant, puisque ce « maintenant » a nécessairement déjà dû exister en un passé qu’on peut toujours reculer à l’infini : le « maintenant » est happé par l’infini du passé. On pourrait dire que l’infini du passé, à l’instar d’un trou noir, est un « temps noir » qui empêche le « maintenant » de surgir, de s’en échapper. Et sans « maintenant », il n’est plus de réalité qui s’installe, ni d’éternité vraie qui vaille.

Par contre, dès lors que l'infinité du temps est conçue en association avec l’éternel retour, la difficulté disparaît. Le « maintenant », parce qu’il se renouvelle éternellement, peut demeurer inclus dans l’infini temporel. Le temps peut réellement être dit infini.

Au premier chapitre, il était apparu qu’il fallait choisir entre Dieu et l’infinité du réel (cf. § 11). On découvre maintenant qu’il faut aussi choisir entre Dieu et l’éternel retour du même. Si ce n’est pas l’un, c’est l’autre. Car, ou bien il y a une origine au temps, et, en ce cas, quelle origine du temps est-elle possible en dehors d’un Dieu, conçu sous une forme ou sous une autre ? Ou bien le temps est infini, sans origine ni fin, et l’éternel retour du même devient nécessaire pour qu’il y ait une réalité, pour « qu’il existe quelque chose plutôt que rien ». 

Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, § 19

Posté par multiversetreali à 13:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Preuve ontologique de l'éternel retour

Cette considération nous amènerait presque à esquisser comme une preuve ontologique del'éternel retour. 

1)    L’Être (ce fait qu’il existe quelque chose plutôt que rien) est bien une réalité. En effet je le perçois, serait-il réduit à ce seul fait que je pense. (On fait bien sûr référence au célèbre « Cogito, ergo sum » de Descartes.)

2)    Cette réalité ne peut que s’inscrire dans un temps infini en durée, puisque ce qui viendrait le limiter, soit en lui donnant naissance, soit en le faisant cesser, serait encore une réalité, laquelle à son tour ne pourrait que s’inscrire dans un temps infini, et ainsi de suite.

3)    A l’intérieur du temps infini, il faut bien que l'éternel retour existe pour que le réel soit, sinon, si rien ne revenait, aucune réalité ne pourrait exister, puisqu’ayant nécessairement déjà dû exister dans un passé infiniment lointain, ce qui viendrait contredire l’assertion initiale. 

A la vérité, nous ne sommes pas vraiment confiants en la validité de l'argument. On sait qu’il faut se méfier de la raison (surtout de la raison dite pure) et de ses pièges, cette putain du diablecomme l’appelait Luther.

Toutefois, cette preuve ontologique de l'éternel retour est, tout compte fait, moins bancale, moins paralogique que l'argument du même nom, la preuve dite ontologique de l'existence de Dieu, sur lequel nous allons tantôt avoir à revenir (cf. § 36). 

(Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, § 20)

Posté par multiversetreali à 13:04 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Une autre forme de dégoût. (Comme dans "Matrix")

Le multivers infini a deux conséquences importantes. L’une est notre éternité (cf. http://retroureternel.canalblog.com/ ). L’autre est la diversité de nos destinées possibles, laquelle pose le problème de notre « moi » : tous ces autres « moi » possibles, qui ont d’autres destinées en d’autres univers, viennent minimiser et comme annihiler ce « moi-je » que je suis, moi qui écris ces lignes, qui existe ici et maintenant. Si tous ces « moi » se valent, c’est qu’aucun n’est donc plus vrai qu’un autre… cf. § 29. Dans les § 34 et 35 l’auteur explique que Leibniz pourrait être une solution à ce nihilisme, dans la mesure où il choisit un seul et unique univers. Mais c’est pour retomber dans une autre forme de dégoût.

 Si ce n’est que Leibniz oblige à en revenir à Dieu. Et pas n’importe quel Dieu, mais un Dieu qui apparait profondément rétrograde, franchement ringard, et même réac pour tout dire, à nos yeux d’humains vivant au 21e siècle.

Leibniz, en homme de son temps, appartient à une religion monothéiste fortement hiérarchisée. A l'origine du monde, il y a Dieu, et un Dieu pensé à la ressemblance des régimes politiques de l'époque – Leibniz était un contemporain du roi Louis XIV. Ce Dieu est à l'image des princes et empereurs qui édifiaient des états les plus vastes possibles, y construisaient des palais somptueux, pour étaler leur puissance au regard du monde.

(…)

A vrai dire, cet univers que nous propose Leibniz nous intéresse peu et nous n'y sommes guère joyeux. On y étouffe pas mal, et à l’instar de ce qui se passe dans « Matrix », le célèbre film de science-fiction auquel nous venons de faire allusion à mot couvert, nous avons très envie de nous échapper d’un tel programme où nous figurerions, fût-il d’origine divine.

D’ailleurs, c’est tout le monde qui semble devoir être condamné à s'ennuyer ferme dans le monde de Leibniz, et les humains, et Dieu lui-même, qui n’a, pour tout but et loisir, que sa perfection à contempler.

Alors que penser ? Ce Dieu, qui pourrait nous sauver d’un premier dégoût, celui que suscite l’idée de notre indistinction au milieu d’une infinité d’autres « moi », vient nous plonger dans une autre forme de dégoût, celui de n’être qu’une sorte de figurine animée – ou bien, pour continuer dans la veine des mondes informatiques virtuels, être comme un personnage du populaire jeu de « Sims ».

Eh bien, puisqu’il semble qu’on ne se débarrasse pas aussi facilement qu’on le croyait de l’idée de Dieu (cf. § 12), mais que celui-ci nous pose autant de problèmes qu’il en résout, un détour du côté de Dieu – avant d’en revenir à l’Être et à son secret – s’impose.

 

(Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, § 35) 

Ceci va amener dans le chapitre suivant l’auteur à faire un détour par l’argument ontologique sur l’existence de Dieu.


 

Posté par multiversetreali à 13:02 - Commentaires [0] - Permalien [#]

L’argument ontologique

 

La preuve ontologique de l'existence de Dieu, dite aussi argument ontologique de saint Anselme, est un grand classique de la philosophie. Sous sa forme simplifiée, elle se résume en quelques mots.

– Dieu est parfait.

– Il n'est donc pas une qualité qu'il ne possède.

– Puisque l'existence est une qualité (en effet, ce qui existe a plus de qualité que ce qui n'existe pas), Dieu possède cette qualité qu'est l'existence.

 – Donc Dieu existe.

Si cet artifice de la pensée suffisait à prouver l'existence de Dieu, plus personne ne se poserait la question. Il n'y aurait ni athée, ni agnostique. Les temples de toutes les religions seraient pleins à craquer.

On en a suffisamment démontré la non-validité.  Une manière toute simple de réfuter l’argument est d'en souligner le caractère arbitraire. L'esprit commence par postuler la notion d'un être absolument parfait, qui serait à l’origine du monde, sans que rien de factuel ne le soutienne dans cette démarche. Dans un second temps, il feint d'en tirer une conséquence, à savoir l'existence nécessaire de cet être, négligeant que cette conséquence était déjà sous-entendue dans cette notion d’un être parfait. C'est ce qu'on nomme une tautologie.

Sur le même modèle, on pourrait s'exercer à bâtir beaucoup de démonstrations tout aussi vaines. Par exemple, que la femme parfaite existe. En effet, une femme parfaite est une femme qui a toutes les qualités, dont celle d'exister. Et l’homme parfait tout autant, mutatis mutandis. La profession de conseiller conjugal courrait alors un grand péril.

Tout ça ne nous mène pas bien loin. En fait, dès le départ, il y a dans cet argument beaucoup de mauvaise foi. Lorsque nous concevons un créateur qui serait à l’origine du monde, nous n'envisageons pas une seconde qu'il ne lui manquerait qu'une chose, le fait d'exister. L’argument ontologique, même s’il était probant, apparaît superflu. Il ne sert qu’à conforter le croyant dans ce qu’il sait acquis d’avance.

                                          *

      Il est une autre manière, plus approfondie, de réfuter l'argument ontologique. Elle consiste à faire remarquer que l'existence n'est pas une qualité comme les autres. Elle est d'un autre ordre. Elle se constate à partir de faits observés, mais ne se déduit pas d'un concept, d'une pensée. Selon la célèbre formule de Kant, elle résulte d'un jugement synthétique, c’est à dire qui constate et associe, mais pas d’un jugement analytique, qui déduit à partir de ce qui est déjà précontenu dans l’énoncé. C’est la fameuse parabole des cent thalers : entre une pièce de monnaie (cent thalers, en l’occurrence) à laquelle je pense et une pièce que je sens dans ma poche, il y a toute la différence de l’existence.  Je peux imaginer tout ce que je veux à propos de cent thalers – disons cent dollars pour nous situer à notre époque –, ce que je peux acheter avec, ce que ça peut rapporter une fois placé à la banque, etc., mais sûrement pas déduire de leur seule pensée qu’ils existent : pour cela, rien ne pourra remplacer la sensation de la pièce froide, ou du billet de banque, entre les doigts. Tous les miséreux savent ça d’instinct. 

 (Multivers et réalité humaine, Louis Loujoz, § 36)

Posté par multiversetreali à 12:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]